samedi 12 janvier 2008

Beypore, son port, son chantier et sa plage



110108 – CALICUT

22h, Hotel Maharani, Room 304

Réveil matinal ce matin, avec un programme chargé : visite d'un chantier naval à Beypore et de l'école de Kalaripayat de Calicut.

Nous descendons rapidement dans la salle de restaurant, baignée par une onde sonore nauséabonde surgit du grand écran qui trône en plein milieu. Une fois le son diminué, nous faisons connaissance de Paul, pratiquement le seul homme blanc que nous ayons croisé depuis notre arrivée. Je l'entends parler français avec les enfants, et je l'aborde pour entamer la discussion. Il va sans dire qu'entre voyageurs, surtout quand ils sont rares, on se parle facilement, ne serait-ce que pour échanger les bons plans. Un voyage se dessine souvent de cette manière.

Paul est hollandais, munie d'une belle barbe blanche et fournie qui couvre un visage buriné. On voit surtout son regard, pétillant et sage; impression renforcée par des gestes posés. Nous l'avions aperçu une première fois à notre arrivée; et lui aussi.

Ainsi, suite aux questions que nous lui posons, notament sur ce chantier naval, il en vient rapidement à nous demander où nous comptons aller après Calicut. Comme nous restons un peu vague, il nous parle d'un de ses amis indien, marié à une américaine, qui est en train de monter un centre d'accueil pour des enfants « de la forêt ». Fort d'une expérience réussie à Richikesh, dans le nord de l'Inde, Johnson est revenu s'installé dans le Kerala. Il a identifié cette peuplade en pleine crise d'identité, vivant dans les contreforts montagneux qui départagent le Kerala du Karnataka 'Bangalore) et du Tamil Nadu (Madras, Pondicherry), puis a acheté une maison à proximité de leur territoire pour y accueillir les enfants et leur fournir un complément d'instruction. C'est ce que nous en comprenons pour le moment. Toujours est-il que Paul, son ami qui est venu lui rendre visite, nous propose d'aller séjourner dans cette maison. Nous acceptons.

C'est le charme du voyage, que les navigateurs au long cours connaissent aussi : on ne sait jamais, finalement, vers quel parage le vent va nous porter.

Je m'étais fait une raison sur les parcs nationaux : trop froids, aucune certitude de voir des animaux, un intérêt surtout lié à la marche donc très relatif à mes yeux compte tenu du fait que je porte Hortense pratiquement tout le temps...

Mais voilà, même si le contexte géographique est le même, il se trouve que nous allons débarquer dans un petit village, dans une maison sans fenêtres qui vient à peine de recevoir l'eau courante, où nous allons cotoyer des enfants qui ne sont jamais sortis de la forêt...

Il est quasi certain que là-bas, nous serons déconnectés, non seulement d'internet, mais peut-être aussi de la fée électricité. Nous verrons.

(22h30 : depuis un quart d'heure, le bar déverse ces clients juste sous ma fenêtre. Le bip strident des fermetures centralisées est agaçant; ne parlons pas des klaxons ni du vrombissement des moteurs, ni des fins de discussions aux accents d'ivresse sans contrôle)

Tout cela ne nous a pas empêché de partir et de couper la trajectoire d'un bus dont notre rickshaw man savait qu'il se rendait à Beypore. Comment décrire Beypore ? Un village de pècheurs à une quinzaine de km au sud de Calicut, coincé entre la mer d'un coté et l'un de ses bras qui ressemble à d'énormes estuaires ou des deltas et que l'on appelle ici « backwater ». Le sud du Kerala les exploite maintenant à des fins touristiques. Ici, pas encore. L'entrée du port industriel coûte 1 roupie et les photographies y sont interdites. Après quelques pas dans un sens et dans l'autre, où nous voyons des bateaux d'un tonnage très faible chargés de minerais, de sable et de cailloux à ce qu'il semble, on ne comprend pas bien à quoi rime cette interdiction. La seule distraction viendra du capitaine d'un petit tanker, à qui je demandai le chemin pour rejoindre le chantier naval. Il nous fait visiter son bateau : des soutes qui transportent chaque mois 1000 tonnes d'huile de palme entre Calicut et la Malaisie. Un poste de pilotage, une chambre pour le captain et son second, une cuisine qui ressemble à s'y méprendre à la cuisine de n'importe quelle cabane de pécheur, c'est à dire très très sommaire, une salle de bains et wc, la « crew room » avec ses six bannettes en carrés, et la salle des machines qu'il met en route : la température est rapidement insoutenable, comme le bruit, mais pour quelques minutes on se prend à revivre les meilleurs moments de « U-Boat » ou d'autres films qui font appel à l'ambiance d'une salle des machines... Comme il se doit, nous comprenons vite que la récompense pour cette visite consiste en une séance photo avec tous les membres de l'équipage. Nous tâchons de mettre en ordre la marmaille, qui renacle encore à l'exercice, malgré nos vives imprécations. Il faut s'imaginer nos mines réjouies devant nos hôtes (et la scène s'est produite plusieurs fois aujourd'hui, en particulier avec une champion ne d'althérophilie qui avait été à Nice), et nos bouches vociférantes de menaces entre nos dents pour que chacun y aille de son sourire... On en rit après !


La visite du chantier navale est une nouvelle occasion de rêver. Deux bateaux sont en construction, destinés à des croisièristes de Dubaï. On entend parler très souvent de Dubaï, chez nous, mais encore plus ici, par les gens qui y travaillent ou par les produits qui y sont exportés. J'apprend par l'architecte, « the designer », que la construction d'un de ces bateaux dure à peu près un an avec une quinzaine de charpentiers à plein temps. Le coût en serait d'à peu près 10 000 euros !! On se voyait déjà revenir à Saint Malo avec, comme d'autres le firent avec une jonque vietnamienne; celle que nous vîmes quelques temps au mouillage dans la baie de Saint Suliac, en Rance.

Mais bon, il fait chaud, et nous repartons en plein caganard pour reprendre le bus en passant par la plage. Les pècheurs habitent de belles maisons, simple et aérées sous les cocotiers, loin des turbulences de la circulation et du bruit de la ville. La vie semble douce et soumise au rythme intemporel des pêches côtières au filet ou plus lointaines pour le thon.

Arrivés à Calicut, nous maudissons une fois de plus le Lonely Planet, dont les recommandations pour les restaurants ne sont pas fiables. Pour une fois, l'inconditionnel du Lonely que j'étais, tire sa révérence au Routard, plus à jour sur cette destination. Après un byriani succulent, nous faisons une escapade sur la plage, en demandant au rickshaw de nous déposer à la limite de la ville. Je me baigne avec les enfants dans une mer très salée et très chaude, balotté par quelques vagues bienvenues. Séverine, du fait de la présence de quelques pècheurs, doit se contenter de nous regarder, à l'ombre d'une longue pirogue.

Le fait de ne pas se sentir très à l'aise à l'hôtel nous pousse à en sortir, si bien que nous finissons le programme de la journée par une séance d'entraînement de Kalaripayat.

Cet art martial est reconnu comme le plus ancien. Il suivit l'introduction du bouddhisme en Chine, et c'est ainsi que naquît le Kung fu dans les monastères de la vallée de Chao Linh. Il se dégage une ambiance particulière de la salle d'arme, celle-ci ayant déjà une cinquantaine d'années. Le sol de terre battue semble être imbibée de l'huile dont les élèves s'oignent avant l'entraînement. Les murs recouverts d'ocre donnent à la lumière une fraîcheur accentuée par les persiennes. On entend que le son assourdi des pieds et des mains qui heurtent le sol, ainsi que les respirations qui s'accélèrent à la fin des exercices. Le jeune maître qui nous a accueilli vient parfois pour mener la danse; alors sa voix au timbre sourd et grave rythme les figures des corps luisants.

On apprend que ces élèves viennent tous les jours, le matin entre 6 et 9h, et le soir entre 5 et 7h...

Le centre peut accueillir des étudiants en pension complète. La formation s'accompagne d'une étude approfondie de la médecine ayurvédique, à laquelle le Kalaripayat est étroitement associée. D'ailleurs, des gens patientent dans l'entrée pour consulter l'un des maîtres.

Il y aurait beaucoup à dire, là encore

Mais je suis fatigué

Les enfants ont pris goût au tchaï, mais après les avoirs vu courir dans tous les sens tout l'après midi, même aux heures les plus chaudes, ils n'y auront désormais droit que le matin.




100108 – CALICUT


21h, Hotel Maharani

Le train est parti à l'heure. Nos places étaient effectivement réservées, dans la seule voiture (coach D1) du train, sans compter les deux Air Conditionned (first class), à places nomminatives. UN voyage paisible, en remontant la côte Malabar : des cocotiers à perte de vue, des rizières moins vertes qu'à Bali ou au Vietnam, un habitat clairsemé mais de bonne qualité, signe d'une certaine opulence.

Arrivés à Calicut à 11h, nous avons déchanté rapidement en visitant deux des hotels recommandés par les guides. De fait, nous arrivons dans une ville sans attraits touristiques, mais en plein développement. On se retrouve donc dans de grands hotels sans personnalité, fréquentés par des hommes d'affaires qui, le soir venu, s'abreuvent de Kingfisher et de black whiskey. Les téléphones portables vrombissent à tout bout de champ, les regards sont fatigués, le stress des affaires palpable. Changement...

Après avoir pris possession de notre chambre (with two extra beds), nous fuyons l'hotel pour une reconnaissance du centre ville en rickshaw et en point de mire, un petit restaurant, le Zain's Hotel. Nous y dégustons ce qui restera peut être le meilleur riz byriani de notre séjour. Spécialité du Karnataka, et donc musulmane, on en arrive vite à comparer ce plat avec un couscous à la mode indienne : le riz remplace la semoule marocaine ou le blé concassé du désert et les arômes sont démultipliés par les épices utilisés. Fameux !

Nous prolongeons notre repas par une promenade le long de la plage. L'ambiance est tranquille. Quelques étudiants révisent à l'ombre des quelques arbres qui jalonnent le rivage, des vendeurs de thé et de glace assurent le ravitaillement. Il fait très chaud. La grande avenue qui borde la plage est vide. Personne ne se baigne : nous sommes arrivés en territoire musulman, et les touristes n'ont pas encore impose leur culture du soleil. Nous rentrons vite pour la sieste.

Au réveil, nous constatons avec Séverine que le calme vanté dans le guide n'est pour le moment qu'un fantasme. Kochi nous apparaît comme un havre de paix et de tranquilité, dont nous ne sommes pas surs de pouvoir nous passer. Vite, nous sortons, en direction d'une fabrique de coton. La circulation est démentielle, la conduite des rickshaws et des motards vraiment dangereuse. Où sommes-nous tombés ?

On nous dépose devant une vieille batisse, qui ressemble effectivement à une manufacture, comme celle que j'ai pu voir sur Bazar Road à Mettancherry. Le show room fait plutôt pale figure. Nous n'y prêtons pas attention, car nous voulons surtout visiter la fabrique. Après quelque dicussions, nous obtenons finalement le droit d'en faire le tour accompagné par l'un des gérants. Construite au milieu du XIXème par des allemands, il apparaît bientôt qu'il n'y pas que les bâtiments à être restés dans leur jus : du filage du coton jusqu'au tissage, les outils n'ont pas changé non plus. Je suis héberlué par les impressions qui affluent. Alors que j'avais en tête l'image des machines à tisser assistées par ordinateur, nous franchissons le seuil d'une grande salle de plusieurs centaines de mètres carrés.


On est aussitôt submergés par le cliquetis des navettes en bois qui vont et viennent sur les métiers. Ce sont probablement les mêmes que les allemands ont installés (nous verrons par la suite l'atelier de menuiserie où sont réparés tous les outils de la fabrique). La lumière arrive parcimonieusement, accentuant l'effet produit par la poussière et surtout par les trois quarts des métiers laissés à l'abandon. On se demande déjà comment une production aussi artisanale est encore possible : productivité égale à zéro, si on tient compte de la performance des concurrents et prix de revient non négligeable, même pour des salaires de misère. C'est simplement fascinant. Tout est beau : les effets d'ombre et de lumière sur les corps des hommes qui manient ces antiquités, la symphonie des navettes, l'immensité du lieu striés par l'enchevêtrement des machines laissées là. Mais il nous faut avancer, l'heure de la fermeture approche et cette visite doit se faire au pas de charge.



Nous remontons la filière et arrivons au filage. Là, deux rangées d'ouvrières en sari, tout sourire, filent le coton à la roue. Elles sont surveillées par un contremaître sévère qui ne semble pas goûter le trouble provoquer par notre présence. Tout se passe comme si nous étions remontés dans le temps. Je crois que les enfants ne réalisent pas ce qu'ils voient. Les conservateurs des musées d'art et tradition populaire, où je ne sais plus quel nom on leur donne, seraient verts de jalousie en contemplant ces tableaux. Il se dégage de cet ensemble une vraie magie auxquels les sourires qui nous sont offerts contribuent grandement. On nous rouvre l'atelier de teinture qui avait déjà fermé. Là, le coton est immergé dans une eau portée à 70°C. Le gérant est fier de nous annoncer que la cuve qui sert à le sécher ensuite date elle aussi de la fin du XIXème. Je lui fais réaliser qu'elle a quand même du être transformée pour passer d'un fonctionnement au charbon à l'électricité; ce dont il convient. On apereçoit les amoncellements de pelotes colorées. Puis, en sortant, nous jetons un ultime coup d'oeil à la chaudière, dont le fonctionnement est assurée par la combustion de noix de coco.

Et voilà !

J'ai déjà envie d'y retourner.

En sortant, nous plongeons dans les turbulences du quartier commerçant. Les enfants ne supporteront pas longtemps cette immersion. Ici, la population n'est pas habituée aux visiteurs, et nous sommes sans cesse interpellés, touchés, regardés. C'est dans ces conditions que l'Inde se révèle réellement à mon sens; c'est comme ça qu'on découvre une partie de son vrai visage. Malgré tout très souriant, mais oppressant dans sa masse, accablant par la chaleur, et parfois inquisitrice dans les regards que nous jettent certains musulmans ou encore plus ces pélerins hindous, les hommes en noir, que nous avons retrouver dans les gares en particulier.

Et si ce n'était la nécessité de préserver les enfants, je me sentirais vraiment bien. Il faut songer en effet à trouver un autre lieu plus spacieux, et surtout plus calme. C'est ce type de situation que j'appréhendais; nous y sommes maintenant. Il s'agit d'inspirer le calme et la paix pour ne pas se laisser envahir par ce semblant d'hystérie collective, essentiellement du à la masse. Car en fait, les regards que je croise, les paroles échangées en continu avec les uns et les autres sont très accueillants et prévenants à l'égard des enfants.

vendredi 11 janvier 2008

Interruption

Proibleme de connexion = interruption
Cle usb hs

Nous partons dans la montagne d'ici un jour ou deux, et n'aurons sans doute pas le loisir de nous connecter la-bas

Pierre-Yves, qui peste un peu avec ces histoires d'informatique defaillante

En route !!



Mettancherry – 080108




23h30

Un fonds de mélancolie m'envahit ce soir à la pensée de notre départ. Treize jours, c'est plus qu'il n'en faut pour découvrir la ville, en apprivoiser ses méandres; c'est juste suffisant pour « établir ses quartiers », pour cristaliser sur des noms de rue, de lieux, autant de souvenirs et d'images qui façonnent la relation affective. Une relation qui s'établit sur la récurrence de la fréquentation. C'est par le nombre de visites, et parfois les achats qu'on y fait, que les marchands et autres habitants d'une rue s'habituent à vous et réciproquement. La reconnaissance mutuelle prend du temps. Mais quel plaisir alors, de s'arrêter pour dire bonjour aux marchand de fruits secs, au pharmacien ayurvédique et son voisin qui pratique la médecine allopathique. Quel plaisir d'arriver chez l'épicier, avec sa longue barbe et sa voie grave, pour acheter les oeufs, le lait et le pain du breakfast. Parfois, un conducteur de rickshaw ralentit pour nous saluer, le vendeur de tchaï du coin de la rue m'interpelle pour savoir si je ne suis pas preneur.
Bref, on prend des habitudes, qui nous éloignent de la surprise. C'est pourquoi je n'ai pas encore parlé de certains lieux, alors que ce sont ceux que je fréquente le plus : the bakery, qui n'a qu'un lointain rapport avec notre boulangerie et le cybercafé pour ne prendre que deux des plus emblématiques. Dans la boulangerie, des gateaux de toutes les couleurs sont exposées dans des vitrines, non réfrigérées. On se demande comment ils peuvent supporter la chaleur... On y trouve surtout tout une variété de snacks frits : des chips de radis noirs (plain ou masala, c'est à dire natures ou épicées), des sortes de petites spaghettis frites et épicées, des samosas, des cutlets (ces galettes de lentilles), et des feuilletés à la viande ou aux légumes, hérités là encore de la tradition britannique.

Toph

Le cybercafé. Je pourrais généraliser la présentation du lieux : un espace plus ou moins grand, délimité par des boxs fermés par des portes battantes. Ceux-ci sont si exigus que vous avez à peine la place d'y rentrer, et qu'il vous faut calculer votre mouvement pour vous glisser sous la table qui supporte l'ordinateur. Celui-ci est, en général, non pas forcément une antiquité, mais si usé, le clavier en particulier, que son usage en devient difficile. Fort heureusement, la connexion est relativement rapide; ce qui compense quelque peu l'inconfort subi. On laisse de coté les virus.
La plupart du temps, les « chatworld », « internet cafe », sont envahis par des adolescents qui jouent à des jeux en réseaux ou par des adolescentes absorbées par MSN ou Yahoo Messenger. Bref, des occcupations identiques à ce qu'on peut voir en France ou ailleurs.

- A l'extérieur de la maison, une femme s'escrime sur une lessive avec son battoir. Nous avons peu recours à ce type de service (merci Séverine !), ce qui nous permet d'avoir encore nos vêtements. Sinon, nul doute qu'ils seraient déjà usés jusqu'à la corde. Quoi qu'il en soit, nous sommes partis avec le minimum, et avec des tee-shirts et autres shorts qui commencent déjà griser et à s'élimer. -

Nous sommes problablement allés pour la dernière fois au Sree Krishna Cafe, ce midi. Ce « family restaurant » était devenu, au fil des jours, notre cantine. Aéré et pourvu d'une vraie salle, nous y avons dégusté les plats traditionnels du Kerala servis sur trois services distincts. Nous avons même découvert un plat qui n'est autre qu'une galette comme nous en mangeons en Bretagne. Mis à part, bien sur, que celle-ci se mange à la main, et qu'elle est garnie de légumes masala...

C'est à proximité, au cours de nos promenades digestives sur Palace Road, que nous nous sommes fournis en ustensiles de cuisine. Pour être plus exact, nous avons sympathisé avec ce magasin dans lequel Séverine s'est procurée une grande lunch-box. La lunch box est ici une véritable institution. Ce sont des récipients de métal, de plusieurs tailles qui peuvent aller par deux, trois, quatre, cinq ou plus. Les écoliers en sont munis pour aller à l'école, les employés de bureau et tout autre type de travailleurs. A l'heure du déjeuner, dans des restaurants comme le Sree Krishna, on voit repartir des personnes avec plusieurs déjeuners. Comme c'est un ustensile qu'on emporte avec soi, les boutiques vous proposent de le personnaliser en y gravant votre nom, par exemple.
Et puisque nous en sommes à parler des achats, je me dois de faire une allusion au plaisir que nous nous sommes donnés Séverine et moi. Commençons par le Pashmina. Je suppose que les lectrices qui entendrons ce teme sauront immédiatement à quoi je fais allusion : un chale d'une délicatesse et d'une finesse sans comparaison (sauf le Shawtoosh, dont la production est officiellement interdite). Bref, nous avons pu trouver quelques boutiques qui vendaient effectivement des pashminas de première qualité, et suite à une négociation que j'espère heureuse, nous avons craqué. Avis aux amatrices.
En ce qui me concerne, je suis tombé sur la perle rare : une bague afghane que je recherchais depuis des années. Inch Allah, puisse-t-elle me porter chance. Je ne puis m'empêcher de faire une dédicace spéciale à une personne proche, qui appréçia peu ma bague berbère, et qui devrait trouver celle-ci encore plus exubérante, notamment par la sourate du coran dont est ornée la pierre

090108 – 17h

Nous sommes retournés une dernière fois, ce matin, assister au retour des pêcheurs et prendre notre petit déjeuner. L'accueil autour de la roulotte fut des plus cordial, pour notre plaisir.



Nous avons pris notre temps, avant d'embarquer sur le ferry pour Ernakulam. Ce qui nous a permis d'assister à une bonne partie de la vente à la criée. Certes, nous n'en sommes pas encore aux enchères électroniques. Là, les pécheurs arrivent avec leurs poissons, les posent sur un sac de jute autour duquel se réunissent les enchérisseurs. Alors commence la litanie des prix, lancée d'une voix puissante et à un rythme soutenu par l'adjudicateur. Aussitôt achetés, les marchandises sont soulevées de leur sac et vidées dans un bac. On passe à un autre sac et ainsi de suite. Il règne une atmosphère de franche camaraderie chez ces hommes qui se cotoient tous les matins. Quelques touristes matinaux errent alentours, surtout pour assister au manèges des carrelets. Ce faisant, même si je suis resté en arrêt moi aussi devant cette pêche majestueuse, elle était comme une belle toile de fonds ce matin pour mettre en valeur cette scène beaucoup plus animée de la criée. C'est là que ça se passe, comme autour de la roulotte, où tout le monde se retrouve à un moment ou à un autre, comme un café du commerce le matin.



Bye, bye Kochi !
Nos billets de train sont réservés. Départ prévu jeudi 10, à 06h40, sur le Cannore Express 6305. En route vers l'inconnu.

lundi 7 janvier 2008

Bazar Road



Fort Kochi – Dimanche 6 janvier

17h10

La journée s'étire en longueur. Les fans suffisent à peine à nous apporter un semblant de fraîcheur. Hortense et Théodore dessinent des mandalas, Edgar s'essaie laborieusement à la rédaction de son carnet de voyage, Séverine termine « L'histoire de Pi », un enfant qui passe 247 jours sur un radeau de survie en compagnie d'un tigre. Quant à moi, je pianote sur le clavier de mon portable.

On ne peut pas se prendre d'affection pour un ordinateur. Les autocollants se sont amassés sur mon « vieux » Satellite Pro A60 depuis Bali (3 ans). Cependant, compte tenu des signes de faiblesse, et malgré une réinstallation complète du système avant notre départ, je commence à douter de lui et à faire des sauvegardes régulièrement. On ne pourra plus parler de ce compagnon de voyage comme il est fait mention de la machine à écrire verte Olivetti, modèle portable « Lettera22 », de Bruce Chatwin dans la préface à ses oeuvres complètes. Certains exégètes parleront avec la même émotion de celle d'Hémingway, ou d'autres écrivains. La vie d'un ordinateur est trop brève, son fonctionnement lui-même est par trop associé à la dégénérescence des logiciels. Il existe pourtant quelques modèles de portables tout terrains, dédiés aux professionnels du batiment notamment. Mais si la carrosserie est belle et résistante comme celle d'un Land Rover Defender, il reste que la panacée n'a pas encore été trouvée pour que le système d'exploitation soit à l'abri de son auto-dégénérescence.

Qu'on s'entende bien, l'habit ne fait pas le moine. Il s'agit simplement d'une observation, récurrente, de la généralisation du périssable... au détriment de certains objets sur lesquels on pouvait cristaliser certains souvenirs, pour le moins.


... restent les carnets Moleskine. Ils furent les compagnons de nombreux artistes et écrivains, dont Chatwin ou Hemingway. Ils sont diffusés à peu près partout (même chez Cultura) par la maison italienne, Modo & Modo. Le mien vient d'une papeterie proche du Rockerfeller Center. Les premières pages sont parsemées d'annotations, adresses et autres observations prises lors de notre passage à New York au début du printemps. Son format lui permet de toujours rester dans ma poche, à portée de mains; un ruban assure une ouverture à la page en cours et l'élastique qui l'entoure empêche les tickets (ferrys, trains, musées), les fleurs ou cartes de visites de tomber à la moindre secousse.


A propos du Defender, nous avons croisé ce matin une famille belge (4 enfants) qui semble avoir parcouru une bonne partie de l'Afrique, du Moyen-Orient, traversé l'Iran pour arriver en Inde. La vision de ce véhicule, rendu à sa première vocation, avec sa remorque, a suscité dans nos petits yeux le désir d'un rêve. Des coffres arrimés sur le toit renferment des tentes, indispensables pour les campements en Afrique, afin de se protéger de la faune. Il semble qu'ils soient partis pour deux années, avec autant de devoirs dans leurs bagages, sachant que le plus jeune n'avait qu'un an et demi, au départ. On regrette déjà de ne pas les avoir rencontrés pour leur poser mille et une questions sur un périple aussi magnifique.

Pour approfondir : http://www.la-vie-est-belle.be



Nos promenades se poursuivent. Nous sommes maintenant familiers des quartiers de Fort Kochi et de Mattancherry. Désormais, Jew Town, Palace Road, River Road, Princess Street, Burgher Street, the beach, Church Road, et surtout Bazar Road, forment la trame de mon imaginaire quotidien. Nous sommes désormais fixés sur notre prochaine étape : Calicut et sa région. J'aurais l'occasion de revenir sur cette ville dont la première richesse, développée par les portuguais, consista dans la production de coton. Nous devrions notamment pouvoir visiter des fabriques de coton, et surtout, un chantier naval traditionnel. Nous renonçons dans l'immédiat aux stations climatiques d'Ooty et de Munnar, proches des parcs nationaux et au coeur des grandes plantations de thé. Outre le fait que je ne suis pas très attiré par l'air frais des montagnes (la température peut descendre sous les 5°C la nuit), je ne nous vois pas non plus arpenter la campagne à pied alors que je passe déjà mon temps à porter Hortense pour de petites distances. En fait, nous avons encore envie de rester à proximité de la côte avant de bifurquer vers l'intérieur des terres, en direction de Mysore, pour une quinzaine, puis Bangalore et Hampi.


Demain matin, direction Bazar Road. C'est sans doute la rue que je préfère. Elle borde à l'est la presqu'île de Fort Kochi, laissant au sud le Dutch Palace et Jew Town, pour rejoindre au nord l'embarcadère pour le ferry, River Road, la plage et ses carrelets. Tout au long de cette rue se succèdent des échoppes de négociants en thé, épices, et autres biens manufacturés nécessaires au conditionnement et à la manipulation de ces denrées. On y croise des porteurs, des camions, les inévitables rickshaws, et toute une faune d'acheteurs et de négociants qui en font un endroit des plus animés, riche de bruits et de couleurs. Ce qui rend cet endroit encore plus séduisant réside dans l'architecture de ses batiments : ce sont d'anciennes manufactures, de longues et hautes batisses, le plus souvent dans un état de délabrement avancé. Certains ont eu une fonction d'habitation, et pour échapper à l'encombrement de la rue, au premier étage des couloirs ajourés de persiennes semblent encore cacher des vies au parfum épicé. Nous avons pu visiter deux de ces habitations, restaurées et transformées en galeries d'art. Je ne m'étendrais pas sur le contenu, qui ne nous a pas convaincu, sauf pour la Kashi Art Gallery, seul véritable lieu d'art contemporain de la ville. Sinon, rien, nada, zéro... Toujours est-il que nous avons pu apprécié ces longues pièces, hautes de plafond au rez-de-chaussée, beaucoup plus qu'à l'étage en tout cas, dont les sols ressemblent à un béton ciré, toujours de couleur brique. Les murs, très épais, sont recouverts d'une sorte de chaux, afin de les laisser respirer l'humidité, très importante au moment de la mousson (de juin à fin octobre). On se dit que ce patrimoine de caractère, s'il peut encore résister quelques années finira bien par attirer l'oeil des investisseurs pour être transformé en hâvre de paix, de calme et de luxe sans doute. Je ne parlerais pas, pour paraphraser Baudelaire, de la volupté, dont on a déjà assez dit combien elle est étrangère au quotidien de ce pays. Ainsi, j'ai appris qu'un des plus beaux batiments venait d'être racheté par un fonds d'investissemnts de Dubaï, pour un million d'euros, afin d'offrir une nouvelle étape de luxe dans la région. Et l'on repense à l'engouement des européens pour les riads de Marakkech.